Mastication : Mise en place de l’occlusion

 -C-     MISE EN PLACE DU SCHÉMA OCCLUSAL 

 

L’anatomie occlusale des premières molaires, leurs relations optimales en classe 1 et le fait que, dans le plan frontal, l’axe d’inertie dento-alveolaire passe à travers le couple premières molaires (Treil et Casteigt 2000), permet de comprendre pourquoi ces dents ont un rôle fondamental dans la mise en place du schéma occlusal adulte et chez l’enfant la capacité de supporter seules pendant plusieurs années le calage de déglutition et la mastication équilibrée, sans aucune pathologie.

 

 

 

Fig. C6: Les entrées de cycles cisaillantes sont représentées en rouge. Les sorties de cycles écrasantes en vert. Les rails de guidage ont une section triangulaire.

 

 

 

L’évolution et la mise en occlusion des couple premières molaires à six ans marque, chez l’enfant, l’installation du schéma occlusal et de la mastication de l’adulte (Lundeen et Gibbs, 1982). Les dents voisines émergent progressivement sur les arcades pendant plusieurs années et s’intègrent alors au schéma fonctionnel des couples premières molaires, selon des courbes permettant l’équilibre des arcades, y compris les canines dont l’apparition est souvent plus tardive que les secondes molaires. Le schéma fonctionnel adulte est donc déjà totalement établi et équilibré, lorsque ces dernières viennent tardivement s’intégrer à l’enveloppe de mastication préexistante. Ce constat suggère fortement que ces dernières n’ont pas un rôle occlusal aussi important qu’on a bien voulu leur attribuer.

set up occluso

Fig. C7a: Couple de 1ères molaires en classe I, permettant un calage occlusal équilibré capable de supporter seul la dimension verticale  et la mastication.   Fig. C7b: les prémolaires  s’intègrent progressivement à l’enveloppe functionnelle de la première molaire, suivies par la seconde molaire. Fig. C7c: La canines est incorporée  tardivement à l’enveloppe fonctionnelle déjà en place. Elle n’a eu aucun rôle dans sa formation.

Fig. C8: Il existe un rail principal passant par le pont d’émail de la première molaire qui fonctionne de façon optimale en classe I et plusieurs secondaires. Le rail principal va de la pointe de la cuspide disto-vestibulaire à la pointe de la cuspide mésio-palatine. 36-46 20

Fig. C9 a,b. Ces deux photos ont été extraites de la vidéo A1. Elles montrent l’évolution des guidages de mastication sur la première molaire maxillaire et mandibulaire, 20 ans après leur mise en occlusion initiale. Les guidages sont bien marqués et les rails sont appariés avec un capital de guidage bien conservé et une bonne efficacité fonctionnelle. 

P Sheen

 

Fig. C10. Cette figure montre les lignes occlusales directrices des premières molaires du cas C13. Les rails occlusaux de section triangulaire sont appairées avec le rail de réception opposé en forme de V.  Les surfaces occlusales des rails sont intégrées à l’anatomie occlusale et sont des guidages fonctionnels responsables de la stabilité occlusale et  de l’efficacité du cisaillement et de l’écrasement. Les entrées de cycle cisaillantes figurent en rouge  (composante carnivore), les sorties de cycle écrasantes en vert (composante herbivore).

Rail herbiv

 

Fig.C11. case C9. Le rail mandibulaire en V est situé entre la deuxième et la troisième cuspide de la première molaire. Il reçoit le rail  principal de section triangulaire de la première molaire maxillaire.       Fig. C12. Dans les modèles herbivore, ces rails triangulaires sont habituels, comme ici chez un cervidés. Comme l’homme est herbivore, il n’est pas étonnant de trouver de tels rails, au moins sur notre couple de molaire le plus important.

Fig. C13 Les guidages optimaux et l’amplitude des cycles en classe I, permettent de stimuler l’expansion maxillaire transversale et  durant la sortie de cycle, les incisives mandibulaires positionnent les incisives maxillaires tout en stimulant l’avancée fronto-maxillaire (Bonnet).

Les couples premières molaires possèdent un potentiel de calage et les guidages suffisant pour leur permettre de canaliser seules, sans dérapages, la dynamique transversale, à composante diagonale, des cycles de mastication et de l’imposer aux nouvelles dents émergentes. Une des caractéristiques anatomiques essentielles à cette auto-stabilisation dynamique est la présence sur leur face occlusale de rails de guidages transversaux(Le Gall et al 2010, Le Gall and Lauret, 2011)

Dès leur mise en occlusion, les premières molaires deviennent donc les dents directrices du guidage dento-dentaire postérieur et elles le restent grâce à ces structures anatomiques spécifiques, qui sont appariées de façon optimale à leur antagoniste en occlusion de classe I. De plus, l’obtention précoce d’un calage occlusal stable et d’une mastication ample, vont favoriser la remontée de la langue au palais. Ces deux facteurs interdépendants, vont stimuler la croissance transversale et postero-antérieure du maxillaire. 

C’est avec des rapports d’occlusion bien établis en classe I que forme et fonction trouvent leur cohérence clinique la plus aboutie. En occlusion de classe I, les faces occlusales des premières molaires, maxillaire et mandibulaire, sont l’image en volume inversé l’une de l’autre. Lors de la fermeture en OIM il ne reste  entre elles qu’un petit jeu fonctionnel entre les tables de sortie de cycle et les sillons d’échappement du bol alimentaire.
L’observation de vidéos au ralenti et la simulation de la mastication sur du papier marqueur, montre, qu’à vide, cet appairage fin de l’anatomie occlusale se poursuit pendant toute la dynamique dentaire des cycles ou la concordance, entre les surfaces et les rails d’entrée et de sortie des cycles, est continue, avec le petit jeu fonctionnel nécessaire et suffisant à la cinétique des cycles, sans blocage occlusal.  C’est l’anatomie et les rapports d’occlusion qui délimitent l’enveloppe de guidage et donnent la forme de la partie apicale des cycles. 

Les autres types d’occlusion sont loin de présenter la même cohérence fonctionnelle et présentent souvent des défauts importants du guidage optimal qui se traduisent par des formes de cycles adaptatifs et/ou incomplets, voire réduits à un simple cisaillement. Chez l’enfant ces situations occlusales sont très souvent associées à des anomalies de posture linguales (Deffez 1995) et peuvent être co-responsables de défauts du développement vertical, transversal et postéro-antérieur, se traduisant par des insuffisances faciales, plus ou moins évolutives et asymétriques, ainsi que des anomalies de la position mandibulaire.

Chez l’enfant, la rééducation linguale précoce et la mise en occlusion optimale rapide des premières molaires droite et gauche, permettant une mastication ample et alternée, vont réorienter la croissance,  et potentiellement éviter des traitements secondaires parfois lourds.  (Bonnet 1992,93,99,2010).

Chez l’adulte, le rétablissement par addition d’une anatomie occlusale fonctionnelle fonctionnant comme le modèle de classe I, avec des entrées et des sorties de cycle équilibrées mais adaptée aux rapports d’occlusion réels et accordée avec la cinétique articulaire présente, permet de rétablir spontanément et sans apprentissage, l’enveloppe optimale du cycle propre au patient, démontrant ainsi que la forme et la fonction sont totalement interdépendantes.

Note: Pendant le processus de l’évolution la taille de la canine a eu une importance particulière car, dans la lignée des simiens, sa taille a joué un rôle dominant dans la compétition sexuelle, comme par exemple la taille des bois chez les cervidés (Picq, 2010). C’est pourquoi chez la majorité des simiens, il y a un dimorphisme entre la taille des canines des males et des femelles. Dans la lignée humaine, cette  sélection sexuelle et le dimorphisme des canines a progressivement cessé il y a environ 2 millions d’années. Mais il est possible que ce caractère ne soit pas totalement effacé (Le Gall, 2012). Les concepts classiques de l’occlusion ont donné un rôle dominant aux canines. Mais en fait, dans ce domaine, le rôle dominant est joué par les premières molaires.

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