Mastication : Guidage de mastication

-C-    GUIDAGES FONCTIONNELS DES MOLAIRES

Fig. C14a: Forme des cycles de mastication et guidages fonctionnels chez une jeune femme de 28 ans en occlusion de classe I

Note: L’inclinaison mésiale de l’axe de la première molaire maxillaire, ainsi que la proéminence constante de sa cuspide disto-vestibulaire (bien plus que dans les manuels d’anatomie dentaire!) contribuent certainement à l’interception précoce et privilégiée du cycle de mastication et constituent une des clés de l’occlusion fonctionnelle, dépassant en la renforçant la description statique qu’en avait fait Andrews (1972).  Visionner la vidéo C14 C14

Mastication

Fig. C14b: Différentes phases d’un cycle de mastication et terminologie

Un cycle de mastication peut être divisé en deux phases (fig.C15 to C19) :

– Une phase de préparation, à distance des dents, qui a l’aspect d’une boucle.

– Une phase dentaire située à l’apex du cycle, elle même subdivisée en une entrée dentaire de cycle et une sortie dentaire de cycle , avant et après le passage par l’O.I.M.

La description qui suit, est celle d’un cycle type, chez un jeune adulte possédant tout son capital de guidage et concerne un des derniers cycles, avant la déglutition(Lauret et Le Gall,1994,1996). Il décrit l’enveloppe-limite de mouvements en contact de guidage dentaire. La plupart des cycles qui le précédent, avec aliments interposés, se situent à l’intérieur de cette enveloppe-limite.

L’entrée dentaire (fig. C15, C17) met en contact de guidage les versants internes des cuspides vestibulaires maxillaires qui glissent contre des appuis vestibulaires opposés. Simultanément les versants internes des cuspides linguales mandibulaires glissent contre des appuis palatins opposés. Ce double glissement stabilisant conduit la mandibule vers l’O.I.M. La phase de sortie dentaire qui suit le passage de l’O.I.M., met en relation de guidage opposé les versants internes des cuspides vestibulaires mandibulaire et palatines maxillaire (fig. C15, C18) .

Il ne s’agit pas d’un simple glissement de surfaces de guidages congruentes dans le plan frontal.

Il existe, sur les faces occlusales des premières molaires, des rails de guidage transversaux en orientation plus ou moins diagonale et de section triangulaire (Le Gall et Lauret, 2011). Le rail le plus important et le plus facilement identifiable est situé sur la première molaire maxillaire (fig. C8, C9) . Il part de la pointe de la cuspide disto-vestibulaire, passe par le pont d’émail qui guide le passage de l’O.I.M. et se termine sur la partie distale de la cuspide mésio-palatine. Son changement fréquent d’orientation au niveau du pont d’émail lui donne la forme d’une virgule. Le profil triangulaire de ce rail de guidage est finement apparié avec sa structure antagoniste de réception, en forme de V, située entre les seconde et troisième cuspides vestibulaires mandibulaire, dans laquelle il est canalisé. Pour résumer, en occlusion de classe I, la face occlusale d’une première molaire est l’image en relief inversée de son antagoniste, avec un petit jeu fonctionel et quelques sillons secondaires d’échappement pour le bolus. Ce rail et ses homologues, directements opérationnels en Classe I, permettent la canalisation des couples premières molaires dans les trois plans de l’espace ce qui leur donne une grande stabilité pendant l’installation de l’occlusion. Ils restent actifs chez l’adulte, du moins tant que les faces occlusale conservent leur anatomie. Rappelons qu’à l’inverse de certains mammifères (Baronne 1966) nos dents ne sont pas auto-réparantes. Chez l’adulte, elles ne bénéficient pas d’une croissance continue ou de leur remplacement, par des dentitions successives, lorsqu’elles sont usées. Elles ont été sélectionnées à une époque ou l’espérance de vie était très faible comparée à ce qu’elle est aujourd’hui. La perte progressive de l’anatomie occlusale et des guidages par attrition se traduit par une coordination de l’usure articulaire et dentaire (Mongini 1972, 75, 77, 85). Cette capacité d’adaptation a des limites, en particulier lorsque la perte de l’anatomie occlusale est rapide (biocorrosion) ou brutale (avulsions, prothèses, actions iatrogènes…), car la perte des volumes qui en résulte se traduit par une désorganisation complète des guidages et l’installation de réflexes de protection articulaires.

De plus si les volumes perdus ne sont pas rétablis à temps par addition, il s’ensuit une diminution rapide de la dimension verticale de l’étage inférieur de la face.

Comment et à quel niveau commencer à rétablir cliniquement ces volumes perdus ?

Sam mast

Sam mast 10

Fig. C15a Vue occlusale des guidages maxillaire, pour une mastication du côté droit, chez une jeune femme de 28ans. L’enveloppe limite de mastication est une fonction groupe de guidages coordonnés, qui concerne toute l’étendue des faces occlusales du côté mastiquant. (voir la vidéo C14, même cas clinique).
Fig. C15b: Forme optimale d’un cycle (50 % des individus, selon Pröschel 1987), chez un patient possédant des guidages bien coordonnés et ayant généralement des rapports d’occlusion molaire de Classe I.
Fig. C15c: Il existe un ou plusieurs guidages de sortie de cycle dans la zone latérale-canine-première prémolaire, côté non mastiquant.

 

 

Fig. C16: Même cas 10 ans plus tard

Cycle in

 

 

Fig. C17a. L’entrée de cycle d’orientation centripète est caractérisée par un double guidage dynamique stabilisant.Le côté non mastiquant n’est pas en contact.                                                                                                                                  Fig. C17b. Vue clinique vestibulaire de la relation de guidage au niveau de la cuspide disto-vestibulaire de 16. Notez la position basse de cette cuspide, due à l’inclinaison mésiale de l’axe molaire. (cliché extrait de la vidéo A1).

Cycle out-

 

Fig. C18a. Après le passage de l’OIM la sortie de cycle poursuit son mouvement centripète d’écrasement.
Fig. C18b.Vue clinique de la relation de guidage écrasement des deux cuspides tribosphéniques. À ce stade, il existe un contact équilibrant sur le versant interne de la canine controlatérale. (cliché extrait de la vidéo A1).

Guidages occlusaux

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Fig. C19a. Vue occlusale des guidages de mastication maxillaire, côté droit. Les guidages sont présents sur toutes les dents y compris la canine et les versants palatins (pourtant classiquement qualifiés de non travaillants). Les flèches sont positionnées au niveau du rail de guidage. (cliché extrait de la vidéo A1).
Fig. C19b. Vue perspective des guidages de mastication mandibulaire opposés(vidéo A1).
Fig. C19c. Le mouvement de latéralité de sens inverse, est guidé par la canine. Il n’y a pas de contacts postérieurs (vidéo A1).

 

Fig. C19d: Rails principal de la première molaire maxillaire, passant par le pont d’émail, et rail subsidiaire.

 

Bibliography

  • Andrews L. F. The six keys to normal occlusion.   Amer J Orthod 1972;62(3):296-309.
  • Joerger Roger, le Gall Marcel G., Baumann Bertrand.  Mastication et Déglutition : Tracés axiographiques : Essai Clinique    Cah. Prothèse 2012; juin 158: 45-54
  • Lauret J.F., Le Gall M.G.  La mastication. Une réalité oubliée par l’occlusodontologie.  Cah Prothèse  1994;85:30-46.
  • Lauret J.F., Le Gall M.G. The function of mastication: A key determinant of dental occlusion.  Pract. Periodont. Aesth. Dent. 1996; 8:807-818.
  • Le Gall, M.G., Lauret, J.F., Saadoun, A.P. Mastication forces and implant bearing surface Pract. Periodont. Aesth. Dent. 1994; 9:  37- 48
  • Le Gall M.G., Lauret J.F.  The Function of Mastication: Implications for Occlusal Therapy. Pract. Perio. Aest. Dent  1998; 10 (2): 225-229
  • Le Gall M.G., Joerger Roger, Bonnet Bruno.  Où et comment situer l’occlusion des patients ? Relation centrée ou position de déglutition guidée par la langue ?   Cah. Prothèse 2010; juin 150: 33-46
  • Le Gall M. G., Lauret J. F. (†).  Ouvrage : 3ème édition augmentée (2002, réédition 2004, 2008, 2011) “La Fonction occlusale : implications cliniques“ Editions CDP.2011 Paris  www.editionscdp.fr/
  • Le Gall M. G., Lauret J. F. (†).  Book : 3rd edition enriched (2002, reprinted 2004, 2008, 2011) “The occlusal function: clinical implications“ (French edition only) Editions CDP.2011 Paris  www.editionscdp.fr/
  • Le Gall M. G.   Physiologic balancing of Occlusion Part two : How to adjust posterior occlusal faces?   Rev. Odont. Stomat.  Nov. 2013; 42: 243-257 (English and French published article)