Biomécanique et Spécificitées

 

– E –   SPÉCIFICITÉES
 et BIOMÉCANIQUE des IMPLANTS

Impl elast

Fig. E2: La présence du ligament visco-élastique et la forme conique des racines naturelles déplacent le centre de rotation vers l’apex. La dissipation des forces transversale se répartit alors le long de la racine. Ceci n’est pas vrai pour les implants de forme cylindrique, sur lesquels les forces transversales se concentrent autour du col . Les implants de forme conique échappent partiellement à ce phénomène. En effet la forme conique améliore la rigidité, la solidité et la distribution des forces latérales dans l’os périphérique. Par contre si la conicité est trop accentué et si le volume de l’implant surdimensionné par rapport à la dimension de la crête, le volume d’os péri-implantaire au col sera réduit, il sera mal irrigué et un risque de résorption accentué.

Comparée à une dent naturelle, l’absence du ligament parodontal autour d’un implant ostéointégré réduit sa mobilité clinique. Les implants, comme les grandes restaurations fixes, ont une mobilité clinique pratiquement inexistante. Cette absence de mobilité amplifie les malocclusions.

Fig. E3: Le comportement visco-élastique du ligament permet une réponse en deux temps à la charge occlusale. Dans une première phase des forces faibles peuvent provoquer un déplacement plus ou moins important, dans la limite de la mobilité clinique de la dent. Dans une deuxième phase, en appui direct sur l’os, il faut des forces importantes pour provoquer un faible déplacement, car c’est seulement l’élasticité de l’os qui permet le déplacement. Il en va tout autrement autour d’un implant ou l’absence de ligament entraîne une réponse linéaire directe à la charge (Sekine 1986) comme dans la deuxième phase dentaire. L’élasticité du titane associée à l’application de forces importantes sur des implants de petit diamètre peut vite devenir critique pour l’os crestal.

L’absence de ligament, donc de mécanorécepteurs du parodonte, réduit de façon significative la capacité de détection interdentaire fine, donc d’installer des mécanismes d’évitement. Le plus important (Hammërle 1995) est que certains patients ont le même niveau de perception des pressions sur les implants que sur les dents naturelles. Alors que d’autres ont une perception des pressions extrêmement réduite sur les implants.

Fig. E4: Lorsque des surcontacts foncionnels et/ou des surguidages  sont présents sur les faces occlusales des restaurations implantaires, avec un seuil de sensibilité très faible, elles ne sont pas détectées donc non évitées. Il en résulte de très nombreux micro-traumatismes, potentiellement responsables de perte osseuse péri-implantaire.

La mobilité réduite amplifie les malocclusions qui ne sont pas ou peu détectées. La mobilité clinique des dents voisines est un clé essentielle. Si leur mobilité est réduite, l’équilibration est presque semblable à celle des dents naturelles. Les contacts et guidages ne doivent exister mais ne pas être dominants au départ. Par contre, si leur mobilité est importante, il y a un risque élevé de surcharge occlusale sur les implants, d’ou la nécessité de faire une faire une équilibration spécifique des implants encastrés, ou l’obligation de faire une contention extensive, pour limiter la mobilité de l’ensemble.

Fig. E5: Les contacts et guidages non dominants au départ sur l’implant, se retrouvent totalement équilibrés avec les voisines lors des contrôles suivants (Le Gall et Le Gall 2016) du fait de l’usure naturelles des dents voisines et antagonistes. L’équilibre fonctionnel se maintient ensuite. En présence de mobilité importantes des dents voisines, ce sont les connexions étendues, la géométrie prothétique et l’équilibre fonctionnel qui sont les clés de la pérennité de l’ensemble.

La dent et l’os cortical ont le même module de Young, alors que celui du titane est de 5 à 10 fois supérieur (Lemons et Philips 1993). Le titane est plus raide, mais plus élastique que la dent. L’absence de ligament provoque une réponse directe à la charge (Sekine et col 1986).

La conséquence de ces deux phénomènes est la présence d’une zone de stress de grande ampleur au niveau de la crête osseuse (Kilamura et col 2004).

A la fin de la première année de mise en charge, la mesure radiologique de la perte osseuse montre qu’elle a un contour semblable à celui de la zone de tension maximale (Kilamura et col 2004). Ces résultats impliquent directement l’occlusion dans la perte osseuse.

Le concept et la forme de l’implant son diamètre et son état de surface, la façon dont il est équilibré peuvent aussi modifier le niveau de perte osseuse.

Mais d’autres causes peuvent également être responsables de perte osseuse primaire où secondaire, comme: les exsudats septiques du micro-gap non étanche (pilier, couronne trans-vissée), la reconstruction de l’espace biologique, la multiplication des chirurgies (Misch et col. 2005), la biocorrosion et bien entendu l’infection.

Lors du choix d’un système d’implants, nos objectifs sont d’abord de choisir un implant éliminant ou minimisant le risque infectieux et capable de résister aux forces fonctionnelles transversales bien équilibrées et dont l’intensité est contrôlée.

Fig. E6: Ces considérations conduisent à préférer un implant légèrement conique, avec un col évasé, capable de résister à des forces latérales bien distribuées, afin de préserver l’os crestal. L’interface de cet implant et de sonpilier doit être étanche, stable, de forme simple et éloigné du niveau osseux, pour éviter le risque infectieux.

Bibliographie

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